" Qu’est-ce que tu as ? Qu’est-ce qui ne va pas ? "
Pour beaucoup de personnes, répondre à cette question anodine relève du parcours du combattant. Face à cette interrogation, c'est parfois le vide total : la gorge se noue, les pensées se figent ou un tourbillon confus monte dans le corps sans qu'aucun mot ne parvienne à le décrire.
Si cette sensation d’impasse vous est familière, rassurez-vous : vous n'êtes ni insensible, ni « bloqué ». Ce phénomène porte un nom : l’alexithymie.
Très fréquente chez les personnes autistes, TDAH ou ayant traversé des périodes de stress intense, l'alexithymie n'est pas une absence d'émotions, mais une difficulté à relier ce que ressent le corps avec le vocabulaire du langage parlé. C’est précisément là que l’art-thérapie prend tout son sens : offrir une passerelle visuelle et sensorielle pour s’exprimer sans avoir à prononcer un seul mot.
Comprendre l'alexithymie :
quand le traducteur intérieur est en panne
Avoir des émotions est un processus biologique complexe. En temps normal, le cerveau traverse trois étapes :
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La sensation physique : Le cœur qui s'accélère, une boule au ventre, les mâchoires qui se serrent.
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L'identification : Le cerveau fait le lien (« Mon corps est tendu, je ressens de la colère »)
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La verbalisation : Trouver le mot juste pour le formuler à soi-même ou à autrui.
Chez une personne vivant avec de l'alexithymie, le message s'interrompt entre l'étape 1 et l'étape 2 ou 3.
Vous pouvez ressentir un inconfort physique très lourd, une fatigue subite ou une agitation nerveuse, sans parvenir à savoir s'il s'agit de tristesse, de peur, de colère ou d'une simple surcharge sensorielle.
Dans les thérapies basées uniquement sur la parole, cette particularité peut devenir source d'anxiété : l'obligation d'expliquer ce que l'on ressent crée une pression supplémentaire et pousse parfois à intellectualiser ou à se murer dans le silence.
Pourquoi l'image et la matière empêchent les blocages
L’art-thérapie repose sur un principe libérateur : l’art est un langage en soi. En séance, nul besoin de construire des phrases logiques ou de savoir nommer un sentiment.
Voici comment la matière vient au secours de ce qui ne peut être dit :
1. Du corps à la feuille : une approche somatique
Les thérapies par les arts fonctionnent selon une logique ascendante (du corps vers l'esprit). Avant même de chercher à comprendre, vous manipulez des médiums : la fraîcheur de l'argile, l'énergie d'un trait au fusain, la fluidité de l'aquarelle. Le mouvement de votre main et la résistance de la matière permettent au système nerveux de décharger physiquement la tension accumulée.
2. Le vocabulaire des formes et des couleurs
Là où les mots manquent, les métaphores plastiques prennent le relais: par exemple une colère difficile à assumer peut s'incarner dans des coups de pinceau vifs, des hachures serrées, un papier déchiré, etc...
3. Poser son ressenti à l'extérieur de soi
Quand une émotion est piégée à l'intérieur, elle submerge. En la déposant sur une feuille, vous créez une distance saine : l'émotion n'est plus en vous, elle est devant vous. Vous pouvez la regarder, l'observer en toute sécurité, la modifier ou simplement la laisser exister sans qu'elle ne prenne le contrôle.
Une pratique simple à essayer chez vous :
La " cartographie sensorielle "
Vous n'avez pas besoin d'être artiste ni de maîtriser le dessin pour utiliser cette technique d'auto-régulation au quotidien :
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Le matériel : Une feuille blanche, des feutres, des crayons de couleur ou des pastels gras.
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Étape 1 – Scanner son corps : Fermez les yeux quelques instants. Où se situe la tension principale aujourd'hui ? (Gorge serrée, épaules lourdes, plexus solaire noué, tête lourde ?)
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Étape 2 – Choisir sans réfléchir : Sans analyser, laissez votre main choisir une ou deux couleurs qui résonnent avec cette sensation physique.
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Étape 3 – Tracer le ressenti : Remplissez la feuille avec ces couleurs. Le geste est-il lent ou rapide ? Les lignes sont-elles douces, pointues, tourbillonnantes ou chaotiques ? Ne cherchez rien de figuratif : laissez simplement la trace graphique correspondre à ce que votre corps éprouve.
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Étape 4 – Observer : Regardez votre page. Vous venez de donner une forme visible à votre état intérieur, sans avoir eu besoin de lui coller une étiquette verbale. Respirez profondément en constatant que cette énergie est désormais sur le papier.
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En résumé : S'accorder le droit d'exister au-delà des mots
Ne pas réussir à nommer ses émotions n'est pas un échec communicatif : c'est simplement le signe que votre monde intérieur s'exprime par d'autres canaux que le dictionnaire.
L'art-thérapie rappelle qu'il existe mille manières d'être entendu. En remplaçant la communication verbal par une palette de couleurs, vous découvrez que votre silence intérieur est en réalité rempli de formes, de nuances et d'images qui n'attendent qu'un espace bienveillant pour se déployer.
Vous traversez une période de surcharge et vous cherchez un accompagnement adapté à votre fonctionnement ?
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